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Mort de Navalny : les preuves d'un assassinat d'État ?

🔬 Deux ans jour pour jour après la mort d'Alexeï Navalny dans une colonie pénitentiaire de l'Arctique russe, cinq pays européens ont publié les conclusions d'une enquête conjointe accablante. Le Royaume-Uni, la Suède, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas affirment que l'opposant russe a été empoisonné à l'épibatidine, une neurotoxine extraite de la peau des grenouilles-dards d'Équateur, 200 fois plus puissante que la morphine. Cette substance n'existe pas à l'état naturel en Russie et ne peut être obtenue que par synthèse en laboratoire spécialisé. Les analyses, réalisées sur des échantillons biologiques sortis clandestinement après le décès, ont été annoncées en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février.
🎯 Les cinq États sont catégoriques : « Seul l'État russe disposait des moyens, du mobile et de l'opportunité » pour administrer ce poison à un détenu sous sa garde. La veuve de Navalny, Ioulia Navalnaïa, a déclaré que « l'assassinat » de son mari était désormais « prouvé par la science ». Sa mère, venue se recueillir sur sa tombe au cimetière Borissovskoïé à Moscou, a réclamé « justice ».
🚫 Réponse immédiate du Kremlin. Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a qualifié ces accusations d'« infondées » et « biaisées ». Moscou maintient que Navalny est mort de causes naturelles après une promenade dans l'enceinte pénitentiaire, sans jamais fournir d'explication complète. Vladimir Poutine, qui n'a prononcé le nom de son opposant pour la première fois qu'après sa mort, avait évoqué un « événement triste », ajoutant qu'« il y a eu d'autres cas où des personnes sont décédées en détention ».
🧪 Ce n'est pas la première fois que le nom de Navalny est associé à un empoisonnement d'État. En août 2020, il avait été victime d'une attaque au Novitchok, un agent neurotoxique de conception militaire soviétique, confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. Soigné en Allemagne, il avait fait le choix de rentrer en Russie en janvier 2021, où il avait été immédiatement arrêté puis condamné à 19 ans de prison pour « extrémisme ». L'épibatidine vient donc s'ajouter au Novitchok et au polonium (Alexandre Litvinenko, 2006) dans l'arsenal des poisons attribués aux services russes.
⚖️ Le personnage de Navalny, cependant, n'est pas exempt de zones d'ombre. Avant de devenir la figure anticorruption que l'Occident a érigée en symbole démocratique, Navalny avait un passé nationaliste assumé. Fin des années 2000, il participait aux Marches russes aux côtés de groupuscules d'extrême droite, cofondait le mouvement Narod (connu pour ses positions xénophobes) et avait été exclu du parti libéral Iabloko en 2007 pour « propagande nationaliste ». Dans une vidéo, il comparait les militants caucasiens à des cafards en recommandant l'usage d'armes à feu. Il n'a jamais publiquement renié ces propos, même si son positionnement a évolué vers un combat anticorruption plus large à partir de 2011. Amnesty International lui avait d'ailleurs retiré son statut de prisonnier d'opinion à cause de ce passé. Le Kremlin n'a pas manqué d'instrumentaliser cet historique pour le discréditer, les médias d'État le qualifiant régulièrement de « petit nazi ».
🌐 Guerre de l'information oblige, chaque camp joue sa partition. Les Européens brandissent la toxicologie, Moscou crie au complot politique. Ce qui est factuel : un opposant est mort en détention, un poison exotique a été identifié dans son corps par cinq laboratoires indépendants, et le Kremlin refuse toute enquête transparente. À chacun d'en tirer ses conclusions.

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Sources

AFP
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Déclaration conjointe européenne
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Euronews
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France 24
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