⚓ Fin de l'épisode Grinch. Ce mardi 17 février, les autorités françaises ont annoncé la levée d'immobilisation du pétrolier Grinch, bloqué depuis fin janvier dans le golfe de Fos, près du terminal pétrolier du port de Marseille-Fos. La société propriétaire du navire a été condamnée par le tribunal judiciaire de Marseille, dans le cadre d'une procédure de comparution sur reconnaissance de culpabilité (CRPC), à une « peine pécuniaire de confiscation » de plusieurs millions d'euros, versés à l'AGRASC (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués). Motif : défaut de pavillon. En contrepartie, la société s'est engagée à obtenir « dans les meilleurs délais un nouveau pavillon ».
🚁 Le Grinch avait été arraisonné de manière spectaculaire le 22 janvier en mer d'Alboran (eaux internationales entre l'Espagne et l'Afrique du Nord) par des commandos marine français héliportés en rappel sur le pont du pétrolier, en coopération avec le Royaume-Uni. Le navire de 249 mètres, en provenance de Mourmansk (port arctique de la mer de Barents), arborait le pavillon des Comores. Emmanuel Macron avait salué l'opération sur X, rappelant que la France est « déterminée à faire respecter le droit international et à garantir l'efficacité des sanctions ». Zelensky avait également réagi : « Merci à la France. C'est exactement le type de détermination nécessaire pour que le pétrole russe ne finance plus la guerre. »
🔍 Le Grinch est un cas d'école de l'opacité de la flotte fantôme. Il figure sous ce nom sur la liste des navires sanctionnés par le Royaume-Uni, mais sous le nom de Carl sur les listes de l'UE et des États-Unis. Sa société propriétaire, Cube Ventures Shipping, est enregistrée aux Îles Marshall et sanctionnée par le Trésor américain depuis janvier 2025. Le capitaine, un Indien de 58 ans, avait été placé en garde à vue avant d'être relâché. L'équipage, entièrement indien, était resté à bord sous surveillance d'un navire de la Marine nationale et de deux vedettes de gendarmerie, dans une zone d'exclusion nautique et aérienne.
🇫🇷 C'est la deuxième opération de ce type menée par la France, après l'interception du pétrolier Boracay (également connu sous le nom de Phoenix) fin septembre 2025 au large de la Bretagne, dérouté vers Saint-Nazaire. Le commandant chinois de ce navire, Zhangjie Chen (39 ans), doit comparaître le 23 février devant le tribunal de Brest pour « refus d'obtempérer ». Son avocat conteste la compétence de la justice française. Le Boracay, qui bat désormais pavillon russe, était en outre soupçonné d'implication dans les survols de drones ayant perturbé le trafic aérien danois.
🇺🇸 Côté américain, la lutte est nettement plus musclée. Dans le cadre du blocus naval autour du Venezuela (mis en place fin décembre 2025, après la capture de Maduro à Caracas), Washington a saisi au moins quatre pétroliers. L'opération la plus spectaculaire reste celle du Marinera (anciennement Bella 1) le 7 janvier : poursuivi par le patrouilleur USCGC Munro depuis le 21 décembre à travers l'Atlantique, ce pétrolier sous sanctions depuis 2024 (liens présumés avec l'Iran et le Hezbollah) avait changé de nom et obtenu un pavillon russe « provisoire » le 24 décembre pour tenter d'échapper à la saisie. La Russie avait dépêché un sous-marin et des moyens navals pour l'escorter, mais n'est pas arrivée à temps. Les forces américaines, appuyées par des hélicoptères MH-6 Little Bird des forces spéciales et un soutien britannique, l'ont arraisonné entre l'Islande et l'Écosse. Cuves vides. Le même jour, un second pétrolier, le Sophia, était intercepté dans les Caraïbes.
🌍 Quelque 598 navires soupçonnés de faire partie de la flotte fantôme font l'objet de sanctions de l'UE. Ces navires, appartenant à des sociétés opaques enregistrées dans des juridictions de complaisance (Îles Marshall, Bénin, Comores), changent de nom, de pavillon et d'assureur à une vitesse qui rend le suivi quasi impossible. Selon Macron, le commerce pétrolier de cette flotte fantôme finance « 30 à 40% » de l'effort de guerre russe en Ukraine. L'amende infligée au Grinch envoie un signal, mais le bilan global reste modeste : la France a immobilisé deux navires en cinq mois, quand la flotte fantôme en compte des centaines en mer à tout moment.
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