🇫🇷 Un arrêté publié dimanche 8 mars 2026 au Journal officiel formalise l'acquisition par l'État d'une action de préférence (« golden share ») dans LMB Aerospace, l'entreprise française de défense rachetée par le groupe américain Loar Holdings Inc. L'action a été acquise auprès de la holding ASC3 LMB pour la somme symbolique d'un euro. Le commissaire aux participations de l'État est chargé de l'exécution. Ce dispositif confère à Bercy un droit de veto sur les décisions stratégiques de Loar Group concernant LMB : cession d'actifs, transfert de technologies, démantèlement d'activités stratégiques.
📌 L'entreprise. LMB Aerospace, fondée en 1956, siège à Malemort-sur-Corrèze, emploie plus de 75 salariés sur une dizaine de sites dans le monde. Spécialisée dans la conception et la fabrication de moteurs et ventilateurs électriques. Son carnet de commandes militaire : avions de combat Rafale (Dassault), hélicoptères Tigre (Airbus), sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (Naval Group), chars Leclerc, porte-avions Charles-de-Gaulle. Côté américain : F-15, F-16, F-18, hélicoptères Apache et Black Hawk. Côté civil : Airbus A350, Boeing 747 et 777. Chiffre d'affaires 2025 : 42 millions d'euros, dont 30 % réalisé aux États-Unis. L'entreprise appartenait depuis 2022 à trois fonds d'investissement français : Tikehau Ace Capital, Amundi Private Equity Funds et IDIA Capital Investissement.
📌 La vente. Loar Group a annoncé la finalisation de l'acquisition le 26 décembre 2025 dans un communiqué en anglais sur son site : 367 millions d'euros. L'information a été révélée par La Lettre le 28 janvier 2026. Bercy a confirmé le même jour avoir autorisé la vente après examen dans le cadre de la procédure de contrôle des investissements directs étrangers (IEF). La Direction générale de l'armement (DGA) avait donné son accord. Conditions imposées par le gouvernement : maintien de la production en Corrèze, respect des contrats avec les entreprises militaires françaises « sans limite de durée », golden share.
🗣 Polémique. La vente a suscité des réactions transpartisanes. Jordan Bardella (RN) : « une grande braderie » des entreprises françaises. Jean-Luc Mélenchon (LFI) : « une cession plus que discutable à l'adversaire américain ». Le sénateur Cédric Perrin (LR, président de la commission des affaires étrangères et de la défense) : « Une fois de plus, c'est une partie de notre souveraineté et une entreprise française qui disparaît. » Perrin pointe un risque central : « Une golden share n'empêche pas le transfert de technologie. » Son inquiétude principale : l'« itarisation » possible. L'ITAR (International Traffic in Arms Regulations) est la réglementation américaine qui soumet à autorisation du Congrès l'exportation de tout matériel contenant des composants américains. Si les ventilateurs LMB tombent sous ITAR, la France devrait obtenir l'accord de Washington pour exporter le Rafale. François Hollande : « On ne peut pas traiter le cas de LMB comme on l'aurait traité il y a quelques années. Nous avons aujourd'hui une Amérique beaucoup plus agressive, beaucoup plus distante par rapport à l'Union européenne. »
📌 Contexte. L'État détient actuellement des golden shares dans 13 entreprises (Airbus Defense and Space Holding France, ArianeGroup, Exxelia, SNCM, etc.). Le seuil de contrôle des IEF : 10 % des droits de vote pour une société cotée, 25 % pour une non-cotée, dans les secteurs stratégiques (défense, cybersécurité, semi-conducteurs, IA). LMB avait déjà été sous contrôle américain jusqu'en 2012. Le dossier est concomitant avec celui d'Exaion (filiale haute performance d'EDF), dont la vente à l'américain Mara Holdings est encore en instruction. Roland Lescure (ministre de l'Économie) : « On ne brade pas la souveraineté française, surtout en défense, technologies, santé ou agroalimentaire. »
🔎 La golden share est un verrou, pas un mur. Elle empêche certaines décisions stratégiques ; elle n'empêche pas un propriétaire américain de réorganiser sa chaîne d'approvisionnement, de prioriser ses contrats nationaux ou de soumettre progressivement les technologies intégrées au régime ITAR. La question soulevée par Perrin et Hollande reste sans réponse officielle : si les conditions géopolitiques ont changé au point de justifier des golden shares systématiques, pourquoi autoriser la vente en premier lieu ?
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