🎭 Pedro Sánchez a été le seul dirigeant de l'Union européenne à condamner ouvertement les frappes américano-israéliennes sur l'Iran, selon Politico. Sa formule : « Nous rejetons l'action militaire unilatérale des États-Unis et d'Israël, qui représente une escalade et contribue à un ordre international plus incertain et hostile. » Il a interdit l'usage des bases de Rota et Morón pour toute frappe ne relevant pas de la Charte des Nations unies. Les États-Unis ont relocalisé 15 aéronefs, dont des ravitailleurs KC-135. Trump a répondu en menaçant de couper tout commerce avec l'Espagne et en ordonnant au secrétaire au Trésor Scott Bessent d'exécuter l'embargo.
📉 Mettons les chiffres en perspective. Le refus espagnol n'a eu aucun impact opérationnel sur la campagne militaire. Les bases espagnoles n'ont pas été utilisées pour les frappes du 28 février, et Trump l'a lui-même reconnu : « On n'a pas besoin de leurs bases. Si on veut, on y va et on les utilise, personne ne nous dira non. » La « souveraineté » affichée par Madrid est un refus sans coût militaire, converti en capital politique intérieur. Comparer Sánchez à De Gaulle ou à Chirac en 2003 suppose une capacité stratégique autonome que l'Espagne n'a pas : pas de force de dissuasion nucléaire, pas de siège permanent au Conseil de sécurité, pas de capacité de projection indépendante, et le budget de défense le plus bas de l'OTAN.
🔇 L'asymétrie. En janvier 2026, les forces de sécurité iraniennes ont massacré entre 30 000 et 36 500 manifestants en deux jours (8 et 9 janvier), selon Iran International, Time et The Guardian, sur ordre direct de Khamenei. Trump avait reconnu 32 000 morts lors de son discours sur l'état de l'Union. Des blessés ont été exécutés dans leurs lits d'hôpitaux. En 2025, plus de 2 200 personnes ont été exécutées par le régime, un record en 37 ans, dont 64 femmes, 6 mineurs, et 13 exécutions publiques. L'Espagne, comme d'autres pays européens, a convoqué son ambassadeur iranien après les massacres de janvier. Mais la réponse de Madrid à 30 000 civils massacrés par Khamenei : une convocation d'ambassadeur. La réponse de Madrid aux frappes qui ont tué Khamenei : une condamnation publique unilatérale, la seule dans toute l'UE, le refus des bases, et une confrontation ouverte avec Washington. Le rapport entre l'intensité des réactions et la gravité des événements est inversé.
🧭 Ce n'est pas un accident. C'est un schéma. Depuis le retour de Trump au pouvoir, Sánchez a systématiquement choisi le camp opposé aux États-Unis sur chaque dossier :
Janvier 2026, Venezuela : quand les forces spéciales américaines capturent Maduro, narcotrafiquant inculpé et dictateur reconnu comme illégitime par l'UE elle-même, Sánchez « condamne fortement » l'opération. Il cosigne un communiqué avec le Brésil de Lula, le Mexique et la Colombie. En Europe, seuls quatre dirigeants condamnent la capture de Maduro : Loukachenko (Biélorussie), Fico (Slovaquie, pro-russe), Poutine, et Sánchez.
Mai 2025, Ligue arabe : Sánchez est le seul dirigeant européen invité au sommet de Bagdad. Invité d'honneur. Il qualifie Israël d'« État génocidaire » devant le Parlement espagnol la même semaine. Il refuse l'initiative « Board of Peace » de Trump pour Gaza.
Juin 2025, OTAN : l'Espagne est le seul pays sur 32 à refuser l'objectif de 5% du PIB pour la défense. Sánchez obtient une exemption spéciale à 2,1%, alors que l'Espagne dépensait moins de 2% du PIB en défense, le niveau le plus bas de l'Alliance. Sa coalition dépend de Podemos (dont la ligne est : « nous refusons de continuer à lécher les bottes des États-Unis ») et de partis séparatistes basques et catalans qui se méfient historiquement de l'armée espagnole. Après le sommet, l'Espagne annonce qu'elle renonce à l'achat du F-35 américain.
🕌 La composante démographique. L'Espagne compte aujourd'hui plus de 2,5 millions de musulmans et environ 1 800 mosquées, selon les chiffres officiels de juillet 2025. La population musulmane a été multipliée par dix en trente ans. La communauté marocaine, avec près de 900 000 résidents légaux plus 260 000 naturalisés depuis 2013, constitue la première communauté étrangère du pays. En 2024, 50 000 Marocains ont obtenu la nationalité espagnole. La Catalogne concentre un quart des musulmans d'Espagne, soit plus de 660 000 personnes. En 2024, 81 individus ont été arrêtés pour djihadisme en Espagne, le chiffre le plus élevé depuis 2004, et 40% avaient moins de 25 ans.
🗳️ La régularisation. Le 27 janvier 2026, Sánchez fait passer par décret, sans vote parlementaire (sa coalition n'a pas de majorité), la régularisation d'environ 500 000 immigrés en situation irrégulière (le think tank Funcas estime le nombre réel à 840 000). Conditions : être arrivé avant le 31 décembre 2025, cinq mois de résidence, et pas de casier judiciaire, cette dernière condition vérifiable par simple déclaration sur l'honneur. Les candidatures ouvrent en avril.
Détail structurel : Pilar Cancela, secrétaire d'État aux Migrations et responsable de la mise en œuvre de cette régularisation, a occupé de 2017 à 2024 le poste de secrétaire aux Politiques migratoires et au PSOE Extérieur. Pendant sept ans, sa mission explicite était de promouvoir la participation électorale des résidents étrangers et de capter le vote immigré pour le Parti socialiste. La même personne qui organisait la stratégie électorale du PSOE auprès des populations étrangères pilote aujourd'hui leur régularisation administrative.
Techniquement, les régularisés ne votent pas aux élections nationales sans nationalité (10 ans de résidence légale pour la plupart des nationalités). Mais ils votent aux municipales via des accords de réciprocité. Et la régularisation enclenche le chronomètre vers la naturalisation. 44% des Espagnols interrogés considèrent que la motivation de la régularisation est le calcul politique de Sánchez.
⚙️ Le contexte intérieur. Deux anciens proches de Sánchez au sein du PSOE, Santos Cerdán et José Luis Ábalos, sont en prison pour corruption liée à des marchés publics. Un accident ferroviaire à Adamuz en janvier a tué 46 personnes. Le parti Vox progresse dans les sondages. Sánchez gouverne sans majorité parlementaire, avec Sumar (extrême gauche), Podemos (qui réclame la rupture avec les États-Unis et la sortie de l'OTAN), et des partis séparatistes basques et catalans.
🔎 Avis de la rédaction. Il y a deux lectures possibles de la politique étrangère de Sánchez. La lecture généreuse : un social-démocrate européen qui défend le droit international de manière cohérente, condamnant aussi bien les frappes américaines que la répression iranienne, et cherchant une voix européenne indépendante de Washington. La lecture factuelle : un dirigeant minoritaire qui condamne les frappes sur un régime ayant massacré 30 000 civils en deux jours, mais qui n'a rien fait au-delà d'une convocation d'ambassadeur quand ce même régime massacrait ; qui est le seul dirigeant de l'UE à bloquer les budgets de défense de l'OTAN ; qui se retrouve systématiquement du même côté que Loukachenko, Fico et Poutine sur chaque vote ; qui cosigne avec Lula et le Mexique plutôt qu'avec Berlin ou Paris ; qui est invité d'honneur au sommet de la Ligue arabe ; et qui, pendant ce temps, régularise par décret 500 000 à 840 000 immigrés, dont la majorité sont originaires de pays musulmans, via un dispositif piloté par l'ancienne responsable du vote immigré de son propre parti.
Le De Gaulle de 1966 retirait la France du commandement intégré de l'OTAN parce qu'il avait la bombe. Sánchez refuse de payer pour une Alliance dont il profite, se range du côté des dictatures sur chaque dossier, et convertit sa posture en outil de politique intérieure. Ce n'est pas du gaullisme. C'est de l'opportunisme subventionné par l'alignement géographique et l'immunité qu'offre l'appartenance à l'UE.
Les faits sont là. Le lecteur jugera du motif.
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