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Cisjordanie : Israël accélère la mainmise foncière, tollé international
🌍 Israël par Bergfrid 4 min de lecture

📜 En deux semaines, le gouvernement Netanyahu a posé les fondations d'un bouleversement foncier en Cisjordanie. Le 8 février, le cabinet de sécurité a abrogé une loi héritée de la période jordanienne (avant 1967) qui interdisait aux Juifs d'acheter directement des terres dans le territoire, tout en étendant l'autorité israélienne aux zones A et B, théoriquement sous contrôle palestinien selon les accords d'Oslo. Le 15 février, deuxième étape : le cabinet a voté la reprise du processus d'enregistrement foncier en Zone C (environ 60% de la Cisjordanie, sous contrôle militaire et civil israélien total), gelé depuis 1968 et jamais relancé depuis. Budget alloué : 244 millions de shekels (67 millions d'euros) pour la période 2026-2030, avec la création de 35 postes dédiés dans les ministères.
⚖️ Le gouvernement israélien justifie cette offensive comme une « réponse appropriée aux procédures d'enregistrement foncier illégales promues par l'Autorité palestinienne » en Zone C. Le ministère des Affaires étrangères invoque la nécessité de « mettre de l'ordre dans les procédures d'enregistrement foncier » et promet « une clarification transparente et approfondie des droits afin de résoudre les litiges juridiques ». Israel Katz (Défense) présente la mesure comme « essentielle en matière de sécurité et de gouvernance ». En réalité, c'est une course : chaque camp tente d'enregistrer un maximum de terres à son nom.
🏘️ Le problème de fond est historique. Avant la conquête de 1967, seul un tiers environ des terres de Cisjordanie avait été officiellement enregistré (sous mandat britannique puis administration jordanienne). Le gel israélien de 1968 a maintenu le flou pendant près de six décennies. Résultat : la majorité des terres palestiniennes ne disposent d'aucun titre de propriété formel, les documents ayant été perdus, détruits ou jamais établis. Plus de 300 000 Palestiniens vivent en Zone C, et beaucoup d'autres dépendent de ses terres agricoles et de pâturages. L'ONG israélienne La Paix maintenant (opposée à la colonisation) reconnaît que le statut de ces terres est profondément ambigu, mais avertit que le processus risque concrètement de déposséder des Palestiniens installés depuis des générations pour enregistrer leurs terres au nom de l'État israélien. « Beaucoup de Palestiniens qui considèrent des terres comme les leurs découvriront qu'elles ne leur appartiennent pas en vertu du nouveau processus d'enregistrement », prévient Yonatan Mizrachi, co-directeur de l'ONG, qui dénonce « une annexion rampante ».
🇮🇱 À droite du gouvernement, on ne s'embarrasse pas de précautions rhétoriques. Bezalel Smotrich (Finances, extrême droite, lui-même colon) a revendiqué ouvertement « la révolution des colonies » et « le renforcement de l'emprise sur toutes les parties de notre territoire ». Yariv Levin (Justice) a salué « l'engagement du gouvernement à renforcer son emprise sur toutes ses parties ». Pour la coalition au pouvoir, qui compte de nombreux pro-colons, l'objectif affiché est clair : enregistrer de vastes étendues comme « terres domaniales » disponibles pour le développement israélien. Rappelons que plus de 500 000 Israéliens vivent déjà en Cisjordanie (hors Jérusalem-Est annexée) dans des colonies que l'ONU juge illégales, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.
🌍 La réaction internationale a été unanime dans la condamnation. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé Israël à « revenir immédiatement » sur ces mesures, les qualifiant de « non seulement déstabilisantes mais illégales » en référence à l'avis consultatif de la Cour internationale de justice de 2024. L'Autorité palestinienne a rejeté « toute tentative de désigner des terres de Cisjordanie comme territoire public sous contrôle de la force d'occupation », qualifiant la décision de « légalement invalide » et de « début de facto d'un processus d'annexion ». L'Arabie saoudite a dénoncé une atteinte « aux efforts de paix », l'Égypte « une escalade dangereuse », le Qatar « une extension des projets de priver le peuple palestinien de ses droits », la Jordanie (roi Abdallah II) des « actions illégales visant à imposer la souveraineté sur les terres palestiniennes », la Turquie une mesure « nulle et non avenue ». L'Union européenne a exhorté Israël à renoncer à cette « nouvelle escalade ». L'administration Trump, elle, s'est contentée de considérer du bout des lèvres que les mesures « ne vont pas dans la bonne direction », sans action concrète.
📊 La colonisation s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite, depuis 1967. Elle s'est nettement intensifiée sous l'actuel gouvernement Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire du pays, particulièrement depuis le 7 octobre 2023. Ces deux lois en constituent la traduction juridique la plus ambitieuse : transformer le flou foncier hérité de décennies d'occupation en un fait accompli légal irréversible.

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Sources

Timmes of Israël
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L'Orient du jour
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RTS
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Euronews
Réf.
Al Jazeera
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